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 La pratique médicale en Algérie avant 1830

12/10/2008

La pratique médicale en Algérie avant 1830

« La science est un gibier et l’écriture est le lien qui sert à la retenir. » (Hadith du Prophète)

La pratique médicale en Algérie est très ancienne et plusieurs écrits témoignent de cette activité bien avant la colonisation française. Cependant, la médecine moderne telle que nous la pratiquons actuellement est l’héritière de la médecine coloniale qui a débuté avec l’armée française qui a installé ses premiers hôpitaux dès 1831 et surtout avec la création de l’Ecole de médecine d’Alger en août 1857 qui deviendra faculté à partir de juin 1909. La période coloniale française en Algérie a précédé de quelques dizaines d’années les découvertes pasteuriennes, ce qui a permis d’ôter aux médecins français de la colonisation leurs derniers doutes quant à la supériorité de leur médecine sur les « grandes traditions » médicales arabes pour lesquelles ils avaient jusque-là un certain complexe et leur a permis comme à L. Leclerc de condamner par des formules lapidaires la médecine arabe lorsqu’il écrit : « De tout les Etats musulmans, le Maghreb fut le seul où la science ne prit pas définitivement racine et ne brilla que d’un éclat passager. » De même, E. Bertherand signale : « La triste situation de la médecine et son exercice dans les pays musulmans, ce ne sont que des empiriques d’une ignorance remarquable. » Ce médecin semble ignorer que la médecine occidentale avant l’ère pasteurienne ne disposait que de très peu de remèdes efficaces et ne guérissait globalement pas mieux que les pratiques traditionnelles.

La médecine en Algérie avant 1830

La maladie était jadis considérée comme un déséquilibre dans la production ou l’élimination des humeurs. C’était « la théorie des humeurs, le règne des barbiers et apothicaires, charlatans, devins, empiristes... L’empirisme, parfois le charlatanisme, voire la sorcellerie tentent de suppléer à l’absence de connaissances scientifiques. On soigne par les plantes, ce qui fait aussi rarement mourir et soulage parfois ». La guérison devait s’obtenir par la purification des organes et l’évacuation des humeurs peccantes. Cette théorie a établi pendant plusieurs siècles le règne de la saignée et du lavement. Ces traitements étaient parfois complétés par la sudation. En Europe, c’était les barbiers qui exécutaient la saignée. Pour rappel, le roi Louis XIII fut saigné 47 fois par son médecin en une année. De même, le grand Ambroise Paré rapporte avoir saigné 27 fois en 4 ans un jeune homme de 28 ans et en 1770, de purges en saignées, les médecins de l’époque ont laissé mourir l’empereur François Il d’Autriche. En France, le système de santé était pendant plusieurs siècles sous l’autorité de l’église et ce n’est qu’à partir de 1794 (36 ans avant le débarquement à Alger) que Fourcroy mit au point le décret qui créait l’enseignement médical (création des écoles de santé de Paris, Strasbourg et Montpellier). Cette loi prévoyait de lier le droit d’exercer à l’attribution du titre de docteur en médecine ou en chirurgie décerné par l’une des écoles de médecine ou de celui d’officier de santé conféré par un jury départemental. Avant l’occupation française, comme le rappelle Khiati, trois médecines se sont côtoyées en Algérie. Chacune d’elle adaptée à la population à laquelle elle s’adressait :
- La médecine européenne réservée aux captifs en grande partie européens, était dispensée dans les hôpitaux qui furent érigés dans les bagnes et les lazarets.
- La médecine des Turcs, orientée vers les aspects, militaires car les Turcs venaient en Algérie en tant que jeunes recrues, en pleine force de l’âge et en bonne santé et repartaient en Turquie une fois leur mission terminée.
- La médecine populaire, continuation de la médecine arabe réservée à la population autochtone.

La médecine européenne

Elle était représentée à Alger par quelques médecins attachés aux consulats européens et qui donnaient des consultations aux notables de la ville, aux fonctionnaires turcs et à leur famille. Un médecin d’origine allemande était attaché à la personne du Dey. De même, existaient des établissements de soins où étaient pris en charge les étrangers et les captifs malades

La médecine turque

Les Turcs étant en nombre relativement modeste en Algérie, leurs besoins en matière de santé étaient relativement réduits. Un bech-djerrah, médecin-chef ou amin des médecins, assurait les fonctions de haut responsable de la santé. Ses bureaux jouxtaient la djénina, siège du gouverneur (au niveau de la place des martyrs actuelle). Les services de ce médecin-chef répondaient aux différents besoins de santé exprimés aussi bien par les dignitaires turcs que par les janissaires. Il était, en outre, responsable de la pharmacie centrale située près de la djénina et qui approvisionnait toutes les structures de santé en médicaments, plantes médicinales et prothèses. Des médecins militaires turcs venaient d’Egypte et de Turquie, pour assurer la couverture sanitaire du contingent des janissaires. Concernant les troupes militaires turques, les soldats non mariés et atteints de maladies graves étaient envoyés dans les hospices dépendants des mosquées. Les cas ordinaires étaient traités dans les casernes. Lorsqu’ils étaient mariés, les janissaires étaient traités dans leurs familles. Le gouvernement assurait les rations de vivres et le prix des médicaments. Si les médecins turcs exerçaient pour une durée déterminée en Algérie, certains d’entre eux ont exercé à titre privé, une fois leur service militaire terminé. Il faut signaler que les Turcs ont joué un rôle important sur le plan de l’hygiène publique à Alger et dans les grandes villes. En effet, ce sont eux qui ont réalisé les quatre aqueducs et les 120 fontaines publiques qui alimentaient la population algéroise. Parlant des eaux d’Alger, on peut lire dans le rapport du docteur De Pietra Santa (1860) : « C’est du coteau d’EI Biar que proviennent une partie des sources qui alimentent la ville ; les autres arrivent à la porte d’Isly, sous le nom de fontaine du Hamma, de la grotte du Petit marabout, de la fontaine Bleue. De magnifiques aqueducs distribuent ces eaux limpides et fraîches, digestibles, réunissant en un mot toutes les qualités d’une eau potable. » Les hammams d’Alger, de Tlemcen et de Constantine étaient réputés. La propreté de la ville était confiée à un organisme dirigé par un Caïd El Zbel qui s’occupait du ramassage des ordures ménagères et de l’entretien des canalisations des eaux usées. En Algérie, même si la population autochtone répugnait à se faire soigner dans les hôpitaux, plusieurs existaient avant la colonisation, en particulier à Alger, Tlemcen, Oran et Béjaïa. Ainsi, à Alger, en comptait au moins 5 pour les étrangers et autant pour les autochtones indigents. La première structure hospitalière turque fut construite en 1550 par Hassan, le fils de Kheir Eddine Barberousse. Cet hôpital continua de fonctionner après 1830 sous l’appellation d’hôpital Caratine (déformation de Kheir Eddine) ; Le nom d’asile était souvent donné à ces maisons de soins. Parmi ces structures on peut citer pour Alger
- L’asile pour malades mentaux de la rue de La Flèche.
- L’asile de la rue de l’Aigle qui abritait les Turcs impotents et les janissaires invalides.
- L’asile de Boutouil qui servait de refuge aux indigents et qui était situé sur l’emplacement actuel du lycée Emir Abd El Kader de Bab El Oued.
- L’asile de Sid Ouali Dada situé à la rue du Divan (en face de la mosquée Quetchaoua) qui recevait les handicapés et les malades et qui a continué à fonctionner jusqu’après l’occupation française.

La médecine populaire

Cette médecine traditionnelle tendait à chasser les maladies au moyen de remèdes simples : soleil, sable chaud, bains médicamenteux, air pur, diététique, tout ce qui facilite au corps sa propre rééquilibration. Elle était basée essentiellement sur l’utilisation des plantes médicinales recueillies localement. Parmi ceux exerçant l’art de guérir, on distinguait :
- El tebib, praticien ordinaire.
- El hakim, médecin savant, celui qui prescrit les remèdes grâce à une réputation acquise par des connaissances étendues et qui assurait un enseignement à des çanaâ.
- El djerrah, qui comme son nom l’indique est celui qui pratique l’acte chirurgical
- El kabla : les femmes sont le plus souvent soignées par des tebibate ou des kablate (accoucheuses). Le tebib homme ne peut soigner une femme qu’en cas d’impuissance des tebibate femmes et à la demande expresse du mari. A ces différents corps, le colonel Bertherand signale qu’au Sahara, le khabïr qui conduisait la caravane faisait office de toubib. Il connaît l’hygiène à suivre selon les pays traversés, les remèdes contre les maladies, les fractures, la morsure de serpents et les piqûres de scorpions. A l’intérieur du pays, ce sont des personnes d’un âge avancé, vénérés dans chaque tribu ou village, ayant une longue expérience de la vie et une certaine sagesse qui pratiquaient la médecine. Outre les tebibs, la médecine était également pratiquée par des marabouts et des tolbas qui, sous le prétexte de la conduite des âmes, soignent le corps, habité par des djinns, à l’aide de herzs et de hdjabs (amulettes). Les médecins exerçaient le jour du marché. Les consultations étaient pratiquées en dehors ou sous la tente. Certaines tribus étaient également connues pour leurs connaissances en médecine, en particulier dans l’art de guérir les coups, les blessures et les fractures. La science des tebibs algériens se composait d’un mélange de conseils transmis par la tradition, ou par d’autres tebibs venus d’Orient ou d’Andalousie, par ceux ayant séjourné à Tunis et au Maroc, par la lecture des hadiths du prophète (QSSSL) et celles de livres de savants de haute réputation. S’il n’y avait pas d’enseignement organisé, les hakims ayant acquis une certaine réputation sont entourés d’apprentis toubibs (çanaâ ou toulebs, étudiants médecins) qui suivent pendant un certain temps la pratique de ces maîtres, moyennant une rétribution proportionnée à leurs propres ressources. Parmi les médecins célèbres de cette époque, on peut citer :
- Ahmed Ibn Kassem El Bouni (1653-1726), originaire de Annaba qui a rédigé un traité intitulé L’âlem ahîou el kariha fi el adouya essahiha.
- Khalil Ibn Ismaïl El Djazaïri connu pour son livre Les Trésors de l’âme pour pallier les maladies difficiles.
- Abderezak Ibn Hamadouche El Djazaïri, né à Alger en 1107 de l’hégire, qui, après des études à Tétouan, Fès et Mekhnès et des voyages en Andalousie et en Orient revint à Alger où il officiait dans un magasin à proximité de la Grande-Mosquée d’Alger. Parmi les ouvrages qu’il a écrits, on peut citer : Lissane El makale fi ennaba ani ennsseb ouel haçal ouel aâl, Errihla (le voyage), Kechf erroumouz, où l’on peut noter sa parfaite connaissance des plantes médicinales de l’époque, Taâdil el mizadj bi sababi kaouanine el ilaâdj (modération du tempérament par les lois du traitement ), qui a été traduit par L. Leclerc et surtout, l’ouvrage en quatre tomes : El jawhar el maknoun min bahr el kanoun où il traite des poisons, des maladies et des plantes et drogues médicinales.
- Ahmed Ibn Ali Erachidi, originaire de Ferdjioua, qui composa un dictionnaire médical El Minha el Koudoussia fi el Adwiya el Kamoussia Ahmed ben Belkacem, chirurgien qui vécut du temps d’Ahmed Bey de Constantine. Il excellait en neurochirurgie et traitait les fractures de la boite crânienne. Les Turcs avaient souvent recours à lui.
- Benchoua, l’un des plus réputés médecins d’Alger qui exerçait encore son art pendant les premières années de l’occupation française reçut, en 1842, la visite du baron Dominique Larrey, grand chirurgien de Napoléon qui vint inspecter l’armée d’Afrique. Les ouvrages des tebibs d’Alger avant la colonisation (dont la plupart étaient répertoriés à la bibliothèque d’Alger) étaient représentés par :
- Les hadiths du Prophète (QSSSL) qui constituaient l’ouvrage de référence des toubibs car contenant de nombreux conseils d’hygiène et de traitements des maladies.
- Kitab Haroun.
- Kitab cheikh Daoud El Masri.
- Kitab Aboukacem Abderahamane Ibn Ali Ibn Abou Sedik (commentaires des aphorismes de Gahien).
- Kitab Abou El Fardj Ibn El Koufi (commentaires des aphorismes de Galien).
- Kitab Abou El Hassan Ali Ibn Mohamed (extraits d’El Harounia et El Tarsi).
- Kitab cheikh Douad El Antaki célèbre médecin du Caire du XVIIe siècle.
- Traité de médecine par Moustafa Ibn Ahmed El Taroudi.
- Kitab El Bouni, réputé chez les tebibs d’Alger.
- Kitab El Kaliouni de médecine et de chirurgie.
- Traité de médecine par Sid Ahmed El Zerrouk El Fassi le traité des poisons de Maimonide.
- Des traductions de l’ouvrage de Discodoride (De materia medica) où était décrit à peu près toutes les essences connues. Certains tebibs étaient spécialisés dans le traitement d’une affection ou d’un organe :
- Le tebib laâyounes (oculiste), voyageant de tribu en tribu, était très apprécié par la population. Certains de ces tebibs laâyounes avaient une adresse à opérer la cataracte fort remarquable en se servant d’un tube destiné à aspirer le cristallin par succion à travers la sclérotique de l’oeil. Cette méthode avait l’avantage de ne pas léser la partie antérieure du globe oculaire et donc d’éviter l’épanchement et la perte de l’humeur aqueuse. Parmi ces oculistes, on peut citer le nom de Hadj Saïd Ben Abderahmane qui exerça à Tunis, à Tébessa et à Alger dans les premières années de l’occupation française.
- Le tebib edrouss, comme son nom l’indique, procédait à l’arrachage des dents cariées ; activité qui était également confiée dans d’autres régions aux armuriers et maréchaux-ferrants.
- Le tahar ou hadjam (pratiquant la circoncision ou khtana) était souvent le barbier.
- Le hakim el sefra, médecin de la jaunisse. Généralement, la plupart des médecins préparaient leurs propres potions, mais dans la plupart des villes et également dans les souks on trouvait des apothicaires qui exécutaient les ordonnances prescrites par les tebibs. Ces marchands d’aromates (attar) et de plantes (biia eddoua) herboristes disposaient d’un vaste assortiment de remèdes à base de produits végétaux et animaux, et même de substances minérales, telles que le sulfate de cuivre employé pour favoriser la cicatrisation des plaies. Parmi les maladies qui étaient soignées, on peut citer :
- Le cheggag (gerçures des pieds) : elles étaient soignées en oignant la partie concernée de graisse et en la cautérisant avec un fer rouge. Lorsque la gerçure était profonde et très large, elle était suturée.
- El djedri (petite vérole, variole) : Lorsqu’elle est signalée dans une région, les parents d’un enfant à inoculer achètent un à deux boutons qu’ils coupent et dont ils frottent le contenu contre la région préalablement incisée entre le pouce et l’index de l’enfant non encore immunisé.
- L’hypersudation ainsi que l’épilation des aisselles faisaient appel à :
- frottement à l’aide de feuilles fraîches de souaq ennebi (mule).
- application de chebb (alun finement pulvérisé) mélangé ou non à aoud el quomari (bois d’aloès) dans l’aisselle. En matière d’honoraires, le malade paie une partie de la somme due au tebib qui représente le coût des médicaments. Si le malade guérit, il doit compléter la somme. Dans le cas contraire, il ne paie que le coût de la médication. En cas de blessure occasionnée par un individu à un autre, le salaire du médecin ainsi que le prix des médicaments sont à la charge du coupable. Il en était de même durant la période ottomane où le bech-djerrah (chirurgien-chef) touchait en plus de sa solde, une indemnité (haq eddem. Les médecins étaient, par ailleurs, exemptés de certains impôts par le caïd de chaque circonscription.

La médecine des plantes : phytothérapie et aromathérapie De nombreux végétaux étaient utilisés de manière interne ou externe. Le grenadier, l’opium, le caroube, le cumin, le basilic, l’oeillet, le poivre, le safran, l’ail, l’oignon, le fenouil, le thym, le romarin, la cannelle, la girofle, le pin, le genévrier, l’eucalyptus, le lentisque, le harmel (ruta graveolens), les fleurs d’oranger et de jasmin, etc.

Les tebibs tenaient compte de l’influence du terrain et du climat sur les plantes médicinales et choisissaient donc les lieux de leur culture et le moment de leur récolte. Les ouvrages d’Averroès et de Honul Baytar de Malaga sur les plantes méditerranéennes leurs étaient connues. De nombreux gargarismes, inhalations, produits anti-brûlures cicatrisants, lotions calmantes, à base de plantes étaient utilisés. Jugulaient les épidémies (peste) en faisant brûler dans les maisons des plantes odorantes. Ils savaient anesthésier avec des macérations de végétaux. Le vinaigre était utilisé comme antiseptique. La vertébrothérapie et la balnéothérapie (le tekyasse et le tfarkah) Bien avant le docteur Stili (1828-1917) et l’américain Palmer (1895), les médecins arabes pratiquaient et conseillaient l’ostéopathie et la chiropraxie qu’ils appellent le tekyasse ou le tfarkah qui se compose de massages le long des gouttières vertébrales, d’élongations et de manipulations diverses. Ce tekyasse est réalisé dans les bains maures par le kyasse ou moutchou. Cette pratique, encore vivante de nos jours dans la majorité des bains maures, n’est-elle pas le précurseur des centres actuels de balnéothérapie ?

Les actes chirurgicaux


Le djarah arabe avait une grande réputation dans le traitement des plaies et des fractures, de même que dans les amputations. Les médecins Buch & Rocheau dans un article intitulé « Les médecins maures », paru dans le Moniteur algérien de février 1840, réduisait l’arsenal opératoire des chirurgiens à une ventouse, un morceau de pierre infernale, de l’amadou, de la charpie, une paire de ciseaux, une lancette et un bistouri. Quelques dizaines d’années plus tard, Nedhart consentit à y ajouter des rasoirs, des scalpels, des lancettes et toutes sortes d’appareils à pointe de feu comparant cette instrumentation à la trousse de Dominique Larrey. En fait l’instrumentation chirurgicale était beaucoup riche et variée. Nous empruntons à Ahmed Dhieb les reproductions d’instruments utilisés à l’époque dans le Maghreb et le monde arabo-musulman.

Instruments chirurgicaux utilisés par les djerahine arabes


Ces différents instruments sont confectionnés dans les villes par des ouvriers, et la communauté juive et à l’intérieur du pays par les forgerons et armuriers. Plus on s’éloigne des montagnes vers le sud du pays, plus la panoplie instrumentale du toubib diminue au bénéfice des remèdes externes. Dans le cas de l’amputation de la main pour vol, c’est le djarah qui appliquait la sentence en procédant à l’amputation au niveau du poignet et en cautérisant la plaie pour arrêter le saignement. Lorsqu’il s’agit d’une amputation du pied, celle-ci est réalisée au niveau de la ligne tarsométatarsienne, gardant ainsi le tarse, ce qui permet à l’amputé d’utiliser le talon pour la marche.Il pratiquait également l’extraction de balles, les cautérisations et scarifications à l’aide de différentes variétés de tenailles, couteaux à lame courbe et anneaux de fer de diverses grandeurs, que l’on rougit pour cautériser les plaies par armes à feu. La suture des plaies était connue de certains d’entre-eux. Les fils sont des nerfs de chameaux séchés au soleil et divisés en parties, aussi fines que la soie ou des poils de chameaux. Pour réaliser leurs interventions chirurgicales, les djerahine disposaient de divers anesthésiques, dont l’opium et la décoction de cigue (plante vénéneuse de la famille des ombellifères). Certains djerahine pratiquaient en outre la trépanation dans le cas de plaie du crâne avec fracture. Selon certains médecins de la colonisation, en cas de fracture ouverte au niveau d’un membre, les médecins arabes ménageaient des ouvertures pour observer et panser les plaies dans la djebira qui assurait la contention du foyer de fracture. Dans les fractures de la clavicule, ils utilisaient un coussin axillaire, retenu par une lanière de peau passant sur l’épaule opposée (ancêtre du fameux « huit » utilisé de nos jours). Dans les villes, la petite chirurgie est généralement confiée au haffaf (barbier). Le tebib citadin laisse le soin des saignées et de l’extraction des molaires à ce dernier. Il en était de même de la circoncision confiée au haffaf (khtana ou thara). La cautérisation très utilisée par les tebibs se pratique avec un couteau bien rougi au feu. Le tebib en percute légèrement et à plusieurs reprises la région ou l’organe malade. Parfois, il trace des lignes extrêmement fines et à peine profondes. Ces scarifications très courtes, très rapprochées et peu profondes se pratiquent à l’occiput, au front, au tiers inférieur de la jambe et sur les régions correspondant aux organes malades. Le couteau rougi à blanc est également utilisé pour ouvrir les abcès, les tumeurs, pour inciser en général. Certaines kablate pratiquaient la réduction des prolapsus génitaux ainsi que les manoeuvres de version lorsque l’enfant ne se présente pas en position céphalique. Les affectations mammaires sont traitées par ces kablate :

- les crevasses avec de la poudre très fine de henné ou de chebb (alun) auquel on ajoute quelques gouttes de ma zhar (eau de fleur d’oranger).
- l’allaitement était arrêté pour toute affection mammaire.

La médecine militaire


Outre la médecine turque qui était orientée essentiellement vers la troupe, lors des guerres tribales, des tebibs suivaient la troupe pendant les combats. Ces toubba lasakar (médecins de troupes) étaient organisés en une véritable institution dans les troupes de l’emir Abdelkader comme on peut le lire sur le règlement des troupes régulières : « le sultan a désigné un chirurgien qui est éclairé et qui a les connaissances nécessaires de son état. Les askars malades seront transportés dans une maison où ils trouveront les soins dus à leur position. Il y aura des askars qui serviront les malades et se nommeront çanaâ (infirmiers, apprentis) qui devront étudier la médecine et qui seront nommés par le sultan lorsque les chirurgiens les jugeront assez forts pour professer leur état. Ils rempliront ces fonctions en garnison comme en campagne ; leurs émoluments, leur nourriture et leurs besoins leur seront donnés par le gouvernement. »

Le thermalisme


Plus de soixante sources chaudes étaient utilisées par la population autochtone à l’arrivée des français en Algérie (Les Eaux minérales de l’Algérie, Ed. Dunod et Pinat, 1911). Ces sources thermominérales, dont l’utilisation remonte aux temps les plus reculés, avaient des piscines rudimentaires mais judicieusement placées. Parmi les plus fréquentées, on peut citer :

Hammam Berrouaghia, Hammam Bradaâ, Hammam Bou Hadjar, Hammam Bougherra, Hammam Bou Hanifia, Hammam El Biban, Hammam Guergour, Hammam Melouane, Hammam Meskhoutine, Hammam Ouled Messaoud près de Guelma, Hammam Ouled Mdellem près de la frontière tunisienne, Hammam Righa, Hammam Salihine, Hammam Sidi Bou Abdallah sur le Chélif, etc. Si certains étaient déjà utilisés par les romains comme le prouvent les vestiges trouvés sur place, d’autres n’étaient connus que par la population locale. C’est le cas de Hammam Melouane, situé au pied des Monts de l’Atlas à 37 km d’Alger. La tradition fait remonter ces sources chaudes de l’oued El Harrach au roi Salomon. La légende prétend que le sultan Sidi Slimane (roi Salomon), voulant effectuer un long voyage à travers le monde, avait envoyé en éclaireur des génies pour préparer des bains où il pourrait, avec sa suite, se reposer des fatigues de la route. Dans sa sagesse, il avait choisi des djinns aveugles, sourds et muets, afin qu’ils ne puissent voir ni surtout divulguer les mystères de ces bains merveilleux. Le sultan Sidi Slimane étant mort, personne depuis ne put connaître le secret des génies. Selon une autre légende, un bey très riche, dont la fille était percluse de tous ses membres, réunit en consultation les savants du pays. D’un commun accord, ceux-ci prescrivirent l’immersion de la malade dans une dépression où se réunissaient les eaux d’El Harrach. La guérison ne tarda pas et le père reconnaissant fit édifier une kouba en l’honneur de Sidi Slimane. La piscine sacrée du marabout Sidi Slimane est très activement fréquentée jusqu’à nos jours par la population.

Pour en savoir plus :

- Belarbey M. S. La médecine arabe en Algérie.Thèse de médecine soutenue le 16 juillet 1884 à Paris.
- Belguedj Med Salali. La médecine traditionnelle dans le Constantinois. Thèse, Strasbourg, 1966.
- Bertherand E. Médecine et hygiène des arabes. Paris Ed. G. Baillière, 1855.
- Bouamrane F. Le docteur Mohamed Ben Larbey Seghir. Un des pionniers de la médecine algérienne contemporaine. Terikh Ettib. 2005 ; 3 : 8-30
- Buch R. & Rocheau A. Les médecins maures. Le moniteur algérien. Fev.1840.
- Camussi H. La Rage, son traitement et les insectes vésicants chez les Arabes. (Paris), 1888.
- Daumas E. Moeurs et coutumes de l’Algérie-Tell-Kabylie-Sahara. Ed. Hachette, 1864.
- Desparmet J. Coutumes, institutions, croyances des musulmans de l’Algérie. Ed. Carbonel, 1948.
- Foley H. Moeurs et médecine des touareg de l’Ahaggar. Fac similé, édition de 1930.
- Hureiki J. Médecines touarègues traditionnelles. Ed. Karthala. Collection Hommes et sociétés 2000. ISBN : 2845860404.
- Lamarque L. Recherches historiques sur la médecine dans la régence d’Alger.
- Leclerc, L. Histoire de la médecine arabe. 1876.
- Khiati M. Histoire de la médecine en Algérie. Ed. ANEP 2000.
- J. de Saint Denis. Considérations sur la régence d’Alger. 1831 Shaw T. Voyage dans la régence d’Alger. Ed. Chez Marlin, Paris 1830.

Par L. Abid
L’auteur est Professeur à la faculté de médecine d’Alger

source: http://www.elwatan.com

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