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 Santé de l’âme, santé du corps

12/10/2008

Santé de l’âme, santé du corps
Jean-Pierre Ludwig

La relation à la santé reflète une vision du monde et de l’homme. Ainsi, dans chaque civilisation peut-on découvrir une étroite relation entre philosophie et médecine.

Notre époque, marquée par une vision cloisonnée des phénomènes, l’ultra spécialisation et la démarche analytique limitée au seul univers sensible qui nous entoure, a développé une médecine qui en partage les caractéristiques. De même, la philosophie n’y est plus enseignée comme une vision du monde et de l’homme à vivre dans le quotidien, mais apparaît éclatée comme autant d’opinions personnelles distinctes et non compatibles qui souvent ne relèvent que du seul registre intellectuel.

À l’inverse, médecine traditionnelle et philosophie à la manière classique offrent une vision globale de l’homme et du monde.

 Les médecines traditionnelles, une philosophie appliquée

 Qu’elle soit appelée «désordre», «mal», «perversité» ou «maladie» selon les cultures, la cause de la perte de la santé est vue par les médecines traditionnelles comme une altération de l’harmonie naturelle qui imprègne et gouverne le corps humain.

 L’étude comparée des civilisations d’Orient et d’Occident nous montre qu’elles ont toujours considéré l’homme comme un «microcosme» au sein d’un grand univers, ou «macrocosme» lui-même vu comme une réalité vivante car en constant mouvement, un macrobios ou grand être vivant.

 Ainsi, l’approche de la santé chez ces hommes qui se voyaient comme le reflet homothétique des grandes lois de l’univers, était une approche globale, holistique, non analytique ni sectorialisée. Dans les grandes civilisations qui portent au plus haut la quête philosophique de la sagesse, comme l’Égypte ou la Chine, la maladie n’a jamais été vue comme d’origine surnaturelle, mais au contraire comme un phénomène naturel né de l’usure ou de la difficulté à s’adapter à des changements d’environnement. Les soins, hors les cas où la chirurgie, connue en Égypte, en Chine ou en Amérique précolombienne s’imposait, étaient destinés à renforcer le système immunitaire de l’organisme pour rétablir l’équilibre normal.

 L’homme, reflet de l’univers

 L’homme, en tant que reflet de l’univers («le ciel et l’homme font UN» en Chine), en représente les différents aspects du plus visible ou grossier, jusqu’au plan le plus subtil. Ce que les alchimistes appelleront les plans Terre, Eau, Air et Feu, dans l’homme, se nomment corps physique, énergie, émotions/sentiments et pensée.

 Ainsi, la médecine ne se limite-t-elle pas au seul plan physique considéré comme une machine  industrieuse suivant des processus mécaniques purement physiques.

 Tant la médecine égyptienne que les médecines chinoise ou précolombienne savaient que le plan physique (corps) est baigné par un plan énergétique qui lui donne sa souplesse et sa vitalité, un plan émotionnel qui peut en dilater ou en bloquer les mécanismes, et un plan mental qui peut contribuer aux rétablissement de l’harmonie intérieure ou au contraire provoquer désordre et dépression.

 Une interaction vitale

Ces connaissances, issues du même terreau philosophique qui favorise l’évolution spirituelle de l’homme ou la conduite de la cité, appliquées à la santé,  permettaient d’éviter l’apparition de la maladie, et, si elle se déclarait, d’amener au rétablissement.

En Chine, la médecine traditionnelle enseigne l’importance du Qi ou énergie vitale pour assurer le fonctionnement et la nutrition, la maintenance et la protection des organes et du corps. De plus, les sept émotions, «logées» chacune dans un organe, sont intimement prises en compte et intégrées dans l’équilibre physiologique, et leur rôle dans les processus pathologiques clairement mis en évidence. Enfin, le rôle du Shen ou conscience mentale du patient, est fondamental tant dans la préservation de la santé que dans le processus de guérison en accompagnant le traitement.

 Le patient, agent actif de la guérison

 C’est pourquoi l’approche des médecines traditionnelles est globale et le patient est sollicité pour contribuer activement à sa guérison. La pédagogie y joue un rôle important. En Égypte, «le médecin racontait au patient l’histoire mythique de la maladie, pour que celle-ci ait un sens dans la réalité de l’univers et qu’elle devienne plus compréhensible pour lui. Le patient, qui comprenait le sens de sa maladie, pouvait mobiliser ses défenses immunitaires et fortifier sa psyché. Les Égyptiens pensaient que l’esprit et la psyché agissaient sur la biologie et réciproquement» (1).

Comme l’enseigne la philosophie de cette civilisation, «l’univers est mental, tout est mental» (premier principe du Kybalion en Égypte), et l’univers s’est créé du subtil vers le physique. En Inde également, le plan physique était vu comme le reflet matériel des plans subtils. Il était donc important d’intervenir sur ceux-ci en même temps que sur le corps. De la même façon que l’individu conduit sa vie par ses capacités intérieures de volonté, énergie, amour et intelligence, il doit pouvoir accompagner sa guérison par une juste compréhension de la situation et du processus de rétablissement que va mettre en œuvre le traitement.

 Dans la médecine chinoise, outre les techniques physico-énergétiques utilisées (massage thérapeutique, acupuncture, pharmacopée), figuraient des exercices de Qi Qong thérapeutique et des récitations à dire ou chanter, sortes de mantras qui reprenaient l’ordonnance du médecin, rédigée sous une forme poétique, parfois calligraphiée, qui exprimaient l’origine du mal et sa guérison par le traitement donné. Le patient contribuait ainsi à sa propre guérison et devenait partenaire du médecin.

 La quête de l’harmonie interne

 Notre vision moderne, habituée à la spécialisation et au cloisonnement des compétences, et à l’approche analytique qui en découle, aura du mal à embrasser la globalité de cette médecine traditionnelle si proche de la vision philosophique de l’homme et de l’univers car elle n’y verra sans doute que juxtaposition de traitements physiques, exercices énergétiques, voire autosuggestion ou ne retiendra que l’une ou l’autre. L’efficacité de ces médecines, prouvée sur des millénaires doit néanmoins pousser à plus de modestie.

 Ainsi, la relation entre philosophie naturelle et médecine traditionnelle est-elle étroite. L’une et l’autre recherchent chacune dans son domaine l’harmonie interne en s’appuyant sur les lois de la nature, comprises comme s’appliquant à l’homme comme à l’univers.

 Développer un savoir-être

 Le médecin, comme le philosophe doit avoir pénétré ces lois, les avoir fait siennes pour pouvoir ensuite les faire agir sur le patient et parvenir à la guérison de celui-ci. Dans les deux cas, les écoles de philosophies et des mystères de la Vie apportaient toujours des exercices de pratique morale pour travailler sur les quatre plans inférieurs de l’homme, car le médecin devait en comprendre les mécanismes, tout comme le philosophe.

 Philosophe comme médecin devait s’être «purifié» l’âme pour être capable de comprendre la souffrance humaine. Dans l’un et l’autre cas, il s’agissait d’initiés qui s’étaient engagés à soulager celle-ci à l’aide d’un savoir-faire qu’ils avaient développé en même temps que d ‘un savoir-être, indispensable à cet exercice.

 De même que, dans la démarche de l’évolution intérieure que permet la philosophie, le processus de guérison du patient impliquait de sa part une démarche active car, à aucun moment, il n’était considéré comme un «sujet», terrain neutre d’expérimentation du traitement.

 Nous constatons combien l’esprit de la philosophie et des anciennes médecines étaient liés, la guérison du corps passant aussi par celle de l’esprit… Les nouvelles médecines alternatives semblent avoir redécouvert cette vieille loi… la base de la médecine de demain ?

 (1) F. Schwarz, La médecine en Egypte, article paru dans la revue Acropolis n°194

 Source : http://www.nouvelleacropole.org/articles/article.asp?id=148

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