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  LA MALADIE D’ALZHEIMER TOUCHE AU MOINS 100 000 PERSONNES EN ALGÉRIE

18/10/2008


 LA MALADIE D’ALZHEIMER TOUCHE AU MOINS 100 000 PERSONNES EN ALGÉRIE


Ils seraient au moins 100 000 à être atteints de la maladie d’Alzheimer en Algérie, probablement plus si l’on comptabilisait les cas non encore diagnostiqués.
Nawal Imès - Alger (Le Soir) -
Les spécialistes tirent la sonnette d’alarme : avec le vieillissement de la population, le risque de voir les cas se multiplier est réel. Pour les médecins, la maladie d’Alzheimer est un problème de santé publique. Pas pour les décideurs. Ces derniers n’en font pas une priorité. Pire encore, ils ignorent totalement les mises en garde du corps médical qui, face à l’ampleur du problème, ont pris l’initiative de créer des consultations mémoire. Les neurologues, psychiatres et psychologues qui y exercent sont au contact de familles désemparées, ne sachant à quelle structure s’adresser. Les médecins sont pourtant formels : la prise en charge de la maladie ne nécessite pas des moyens faramineux mais tout simplement une meilleure organisation et une synergie entre plusieurs spécialités. Une consultation mémoire exige la présence d’un neurologue, d’un psychiatre et d’un psychologue. Des tests très simples permettent de situer le degré d’évolution de la maladie. La mise en place de centres Alzheimer fait partie des recommandations des médecins. Ces centres serviront non seulement à poser le diagnostic mais également à former les médecins, exerçant aussi bien dans le secteur public que privé, à reconnaître les premiers signes de la maladie et traiter rapidement les premiers symptômes. Parce qu’elle atteint le cerveau, la maladie se manifeste par des oublis, par de l’agressivité et une grande angoisse. Des symptômes qui exigent une présence quasi permanente des familles. Ces dernières, qui ne bénéficient d’aucune aide, finissent par avoir elles-mêmes besoin de soutien. Un soutien qui ne peut se faire sans la mise en place d’un système d’aide à domicile auquel la Sécurité sociale doit impérativement être associée. En tournant le dos à toutes ces propositions des professionnels, les pouvoirs publics prennent le risque de voir s’exploser dans quelques années une véritable bombe à retardement.
Nawal Imès

Qu’est-ce que la maladie d’Alzheimer ?
La maladie d'Alzheimer est une maladie neurodégénérative du tissu cérébral qui entraîne la perte progressive et irréversible des fonctions mentales. La cause exacte est encore inconnue, mais on suppose que des facteurs environnementaux et génétiques y contribuent. Des mutations dans au moins quatre gènes prédisposant à la maladie d'Alzheimer ont été identifiées. Elles sont particulièrement en cause dans les cas familiaux à début précoce, qui représentent moins de 5% des patients atteints par la maladie. Le premier symptôme est la perte du souvenir des événements récents ; elle se manifeste initialement par des distractions mineures qui s'accentuent progressivement avec la progression de la maladie, tandis que les souvenirs plus anciens sont relativement préservés. Par la suite, les déficits cognitifs s'étendent aux domaines du langage, de l'organisation des mouvements, de la reconnaissance visuelle et des fonctions exécutives, telles que la prise de décision et la planification.

Les dix signes qui doivent alerter
- Perte de la mémoire récente
- Difficultés à effectuer les gestes de la vie quotidienne
- Problèmes de langage
- Désorientation dans le temps et dans l’espace
- Perte des capacités de jugement
- Perte des raisonnements abstraits
- Oubli et pertes d’objets
- Changement d’humeur et de comportement
- Modifications du caractère et de la personnalité
- Passivité et perte d’initiative.

POUR LA PETITE HISTOIRE
Alzheimer est venu en Algérie

Neuropsychiatre allemand, Alois Alzheimer fut le premier à avoir décrit les symptômes de la maladie qui porte depuis son nom. On raconte que son ami Erb, spécialiste de la syphilis, soignait un banquier qui était atteint de cette affection. Se sentant mieux, le banquier avait alors organisé une expédition en Afrique, mais voilà qu’Erb reçoit un jour un télégramme lui demandant de se rendre rapidement au chevet de son patient en Algérie. Ne pouvant se déplacer, il envoya Alzheimer qui trouva le banquier mort et qui a fini par épouser la veuve ! Cela s’est passé au début du siècle dernier
N. I.

LE PROFESSEUR AREZKI, CHEF DU SERVICE NEUROLOGIE AU CHU DE BLIDA :
«Sans une réaction rapide, le risque est très grand»

A la tête du service de neurologie du CHU de Blida et de la Société algérienne de neurologie et neurophysiologie clinique (Sannc), le professeur Arezki fait partie de ceux qui considèrent la maladie d’Alzheimer comme un problème de santé publique.
Si l’espérance de vie des Algériens augmente de 5 ans, dit-il, la prévalence de la maladie va doubler, expliquant que la prise en charge de la maladie ne nécessitera pas plus de moyens financiers pas plus que la mise en place d’une synergie entre les différentes disciplines médicales et plaide pour la mise en place, sans attendre, de centres référents Alzheimer dans les grandes villes. «Ça ne coûtera pas cher. Il suffira de mettre en place une organisation. Ce n’est pas énorme lorsqu’on sait que le risque est très grand à l’avenir.» Pour le professeur Arezki, la mise en place d’un centre mémoire permettra non seulement de diagnostiquer la maladie, mais devra également assurer la formation des généralistes aussi bien exerçant dans le secteur privé que public, à reconnaître les signes de la maladie qui nécessite une étroite collaboration entre les neurologues, les psychiatres et les psychologues. «A Blida, nous avons la capacité de le faire. Nous avons la capacité de le faire même si, pour le moment, nous avons des problèmes de financement que nous pouvons d’ailleurs facilement régler. Cela pourrait pousser d’autres CHU à suivre», dit-il ajoutant qu’au niveau de certains CHU, il existe déjà des consultations mémoire mais cela reste à ses yeux insuffisants. «Sans ces centres mémoire qui doivent voir le jour rapidement, la maladie d’Alzheimer pourrait vite devenir une urgence.» Le problème, pour le moment, c’est que, très souvent, les malades qui arrivent en consultation sont déjà dans un stade de dégénérescence. L’idéal serait de pouvoir les prendre en charge le plus tôt, c’est-à-dire dès l’apparition des premiers signes. Même s’il n’existe pas de traitement de la maladie, certains symptômes comme l’agressivité ou l’angoisse peuvent disparaître avec une bonne prise en charge. La maladie nécessitant une présence permanente d’un membre de la famille aux côtés du malade, le professeur Arezki considère qu’il est impératif de mettre en place un système pour aider les aidants. L’idéal serait, selon lui, de créer des centres d’accueil de jour qui permettraient d’un côté de soulager les familles et de l’autre d’améliorer la qualité de vie du malade. «Il ne s’agit nullement d’hospitalisation. Le malade atteint d’Alzheimer ne doit en aucun cas être coupé de son environnement et de sa famille. Cela le déstabiliserait totalement. Il s’agit tout simplement de le mettre, la journée, entre les mains de spécialistes qui stimulent sa mémoire. Sa famille, qui aura eu le temps de respirer un peu, le récupérera en fin de journée». Sans ce système, ce sont les aidants qui nécessiteront une prise en charge psychologique, au regard de l’énergie que demande la prise en charge quotidienne du malade. «Il faudra également trouver des mécanismes avec les assurances pour que les services d’aide à domicile soient développées. » Autant de propositions faites pour justement éviter qu’il ne soit trop tard.
N. I.

L’ASSOCIATION ALGÉRIE ALZHEIMER SE BAT POUR SON INSTITUTIONNALISATION
L’aide à domicile, loin d’être un luxe

Faire face au quotidien, pour une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer, est une véritable épreuve pour les familles.
Les malades nécessitent une présence permanente, des nerfs d’acier et une résistance à toute épreuve. Sans un véritable réseau d’entraide familial, il est impossible d’y arriver. Même les familles les plus soudées finissent par ressentir le besoin d’une aide extérieure qu’il n’est pas toujours aisée de trouver. L’aide à domicile n’est pas un service développé en Algérie. Souvent, les familles font appel à des personnes sans qualifications particulières pour les décharger de certaines tâches ou tout simplement pour tenir compagnie à la personne malade afin qu’elles puissent vaquer à d’autres occupations. La détresse des familles est d’ailleurs au centre des préoccupations de l’association Algérie Alzheimer, créée en 2005. Sa présidente, Mme Harchaoui, explique que depuis sa création, l’association est assaillie par les demandes des familles qui espèrent être aidées. Faute de pouvoir mobiliser un grand nombre de bénévoles, l’association ne peut malheureusement pas répondre à toutes les demandes. Sa présidente se demande, à ce titre, pourquoi les APC, par exemple, ne prendraient pas en charge ce volet en recensant les personnes nécessitant une assistance et en orientant les jeunes recrutés dans le cadre du filet social dans ce créneau. Mme Harchaoui estime également que l’absence de services de gériatrie complique la prise en charge des personnes âgées. En dépit de ces difficultés, l’association se démène pour accompagner les personnes et leurs familles. Ses membres se déplacent à la consultation mémoire du CHU de Bab-El-Oued pour recenser leurs besoins, prodiguer des conseils et apporter à ceux qui en ont besoin des conseils juridiques, grâce à l’apport de juristes bénévoles. Des actions qui restent pour le moment centrées sur la wilaya d’Alger, puisque l’association n’a pas pour le moment un caractère national. Un projet qui tient à coeur à sa présidente, qui indique que la demande est grandissante dans toutes les wilayas.
N. I.

L’inexorable vieillissement de la population
Les chiffres sont têtus : les projections démographiques donnent d'ici à 2025 un doublement des effectifs des personnes âgées de 60 ans et plus. Cette catégorie représentera, à cet horizon, 11,6% de la population totale. Le vieillissement devrait aller en s'accentuant, et dans moins d'un demi-siècle, la communauté des personnes âgées de 60 ans et plus sera supérieure en nombre à celle des moins de 15 ans. La proportion de cette tranche d’âge baissera à 19% du nombre total de la population en 2050, alors qu’elle dépasse actuellement les 40%. Par ailleurs, le nombre des personnes âgées de plus de 50 ans dépassera les 10 % à l’horizon 2020. Une situation que les pouvoirs publics doivent rapidement prendre en considération pour éviter que dans trente ou quarante ans, cela ne se fasse dans l’urgence.
N. I.

La guerre des chiffres
Obtenir des chiffres fiables en Algérie en ce qui concerne la prévalence de la maladie d’Alzheimer, relève de l’exploit. Le seul chiffre qui semble faire consensus auprès du corps médical est celui de 100 000 personnes atteintes, soit 13% de la population. Des statistiques qui avaient fait sourire Amar Tou, ex-ministre de la Santé, qui n’avait pas hésité à dire que les médecins ne savaient pas compter. Une étude effectuée en 2004 par des neurologues et des psychologues a montré que parmi 3 000 personnes, toutes âgées de plus de 65 ans, qui se sont présentées au CHU de Bab-El- Oued pour diagnostic, 30% souffraient de troubles de la mémoire.
N. I.

Les médecins prennent de vitesse les politiques !
Parce qu’ils sont au contact des malades et de leurs familles au quotidien, les médecins qui exercent au niveau des CHU n’ont pas attendu la prise de conscience des pouvoirs publics pour réagir. Aussi bien au CHU de Bab-El-Oued, à Mustapha qu’à Frantz-Fanon, à Blida, des «consultations mémoire» ont été créées par des équipes pluridisciplinaires qui prennent en charge les malades et qui font des diagnostics précoces. Ces équipes de spécialistes, composées de neurologues, de psychologues, de psychiatres et d’orthophonistes, reçoivent les malades avec leurs familles et, à l’aide de tests, diagnostiquent la maladie d’Alzheimer et proposent un accompagnement aux personnes qui en sont atteintes.
N. I.

source : http://www.elwatan.com 

Category : ALZHEIMER / DEMENCE | Write a comment | Print

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