Enseignement et santé : n'est-il pas temps de réformer les mentalités ? » santeplus | Bloguez.com

 Enseignement et santé : n'est-il pas temps de réformer les mentalités ?

30/1/2009

Enseignement et santé : n'est-il pas temps de réformer les mentalités ?

par Amara KHALDI


Qui, d'entre les enseignants toujours en exercice, peut honnêtement se prévaloir d'une quelconque similitude avec un prophète, comme l'a estimé avec beaucoup d'élégance l'une des icônes de la littérature arabe?

S'élever vers ces qualités quasi divines n'est pas une chose aisée et ne peut donc être le signe du premier venu, d'autant plus que le contexte est loin de procurer les conditions propices à se rapprocher de ce statut. Dépositaires des meilleures valeurs de la communauté, on nous a toujours élevés dans leur respect jusqu'au point de les sanctifier et parfois se surprendre à croire que l'enseignant appelé avec déférence le «Maître» et le médecin dont le nom était toujours associé avec el«Hakim» n'étaient pas de simples mortels.

 Ils exerçaient des métiers qui transcendaient les attributions humaines et avaient par conséquent une aura particulière.

 Ighra !, le premier ordre de la Révélation au Prophète Mohamed (QSSL), ne quitte jamais les lèvres de l'enseignant. Le médecin, quant à lui, utilise sa science et son abnégation pour aider à donner ou à préserver la vie quelle que soit la nature de l'adversité. C'est eux qu'on aimerait rencontrer dans les moments d'immense détresse.

 Une charge qui requiert, en plus d'une solide formation, une vocation et un dévouement sans limite pour l'assistance d'autrui, la plupart des fois désintéressée.

 La présence de ces deux personnages est inestimable et si jamais dans leur esprit germe le moindre désir de courir après la fortune, autant choisir une autre profession qui pourrait rapporter mieux sans aucun embarras pour la conscience. Dans n'importe quel autre métier on peut, sans grands préjudices, reporter l'exécution d'une tâche de la vie active à une date ultérieure et la rattraper par la suite. Une éventualité qui équivaut à un parjure pour un médecin en face de la souffrance. La seule pensée de se dérober à son devoir de satisfaire la curiosité toujours piaffante des têtes juvéniles en quête d'une réponse rassurante à leur questionnement n'effleurera jamais l'esprit d'un éducateur digne de ce nom.

 On n'éprouve aucune honte de leur dévoiler l'étendue de son ignorance ou le délabrement de sa santé tellement ils sont crédités de veiller à l'intégrité de notre intimité et qu'ils deviennent, au fil des jours, les meilleurs confidents auxquels on peut se confier sans aucune défiance.Des canards boiteux dans ces métiers ont toujours existé, mais d'habitude rapidement débusqués et mis à l'index par la confrérie qui veille scrupuleusement au respect des sacro-saintes règles de déontologie. Au bout d'un certain moment, ils se retrouvaient dépaysés dans cette culture où le mot avantage pécuniaire n'a jamais dépassé le rôle d'accessoire et d'eux-mêmes se flétrissaient et disparaissaient sans susciter le moindre regret. Le médecin de famille qui abandonnait le confort douillet d'un cabinet en milieu urbain et allait par monts et par vaux battre la campagne pour soigner les malades chez eux ou traquer, malgré les risques avérés de contamination, les épidémies avec souvent des moyens rudimentaires n'est pas une légende.

 L'enseignant qui plaque toutes les commodités de la ville pour vivre dans des conditions pénibles au milieu de la précarité d'un hameau perdu fait lui aussi partie d'une espèce qui a réellement existé et dont il subsiste peut-être encore quelques spécimens.

 Une seule chose compte pour eux, c'est le résultat de leur action quotidienne dans la société et leur bonheur se confond le plus souvent avec celui du retour de l'espoir chez le malade ou la compréhension d'une leçon par l'élève le moins doué de la classe.

 Quand le patient recouvre sa santé ou les élèves réussissent à leurs examens, ces deux personnages sont sincèrement satisfaits de l'heureux aboutissement de leurs efforts. Ils sont intégrés et respectueusement portés dans le coeur de la société avec laquelle ils communient harmonieusement et partagent les joies et les peines. A la question classique : que veux-tu devenir plus tard ? La réponse jaillissait avec toute la verve de la spontanéité enfantine : enseignant ou médecin ! Ils étaient les idoles de notre jeunesse auxquelles on voulait tant s'identifier. Malheureusement les multiples manoeuvres de modélisation de notre société par l'insinuation insidieuse de relents idéologiques étrangers à notre culture ont fini par greffer d'autres moeurs. Aux premiers assauts, la fragilité du projet de société quelque peu altérée par l'indécision de la volonté politique s'est traduite par la dissipation des repères et conséquemment l'illisibilité des objectifs poursuivis. Devant la difficulté de mettre en adéquation la stratégie défensive nécessaire avec une image évanescente du cap constamment déstabilisée par les hésitations et concessions successives des décideurs, les représentants les plus éminents et les plus consciencieux de l'Ecole algérienne ont tenté, dans quelques mouvements de résistance d'arrière-garde, d'endiguer la médiocrité envahissante, mais leur combat tourna vite en joutes contre les moulins à vent. Les efforts qu'ils ont prodigués, sans aucune parcimonie, n'ont pu contenir la déferlante du charlatanisme et autres afgh...âneries qui avait déjà submergé l'ensemble de la société.

 Une situation qui a encouragé une faune à investir les deux secteurs les plus sacrés et les dévoyer par l'inoculation de l'esprit mercantile. La course au trésor avait pris le dessus. Le médecin, autrefois synonyme de sagesse et de pondération, n'hésite plus à se précipiter, sans beaucoup d'égards, pour «orienter» son patient vers telle clinique privée muni d'un bon paquet de billets pour le retrouver sous une autre casquette en train de lui faire subir des examens et même des fois une intervention chirurgicale injustifiée. L'enseignant dispense chichement le minimum de connaissances dans sa classe, juste pour que ses élèves plongent dans l'angoisse de rater leurs examens et se retrouvent au pied du mur, obligés de «bénéficier» des cours de rattrapage payants qu'il organise dans un quelconque garage. Ce genre de comportement en constante évolution a fini par clochardiser ces deux missions sacrées. Même si cette frénésie générale du gain rapide s'est emparée de larges segments de la société, ces deux métiers, avec celui de magistrat, auraient dû rester loin de la mêlée. Par nature ils doivent être immaculés. Certains médecins ne jugent leur métier qu'à travers le gain journalier que rapporte la chaîne d'anonymes qui défilent dans leur cabinet-usine. Le cap de cent ordonnances délivrées par jour est depuis longtemps dépassé. Même la formalité d'établir par le dialogue l'indispensable relation de confiance entre le toubib et son patient considéré ainsi comme une simple source de revenu se ringardise, et participe donc d'un usage obsolète.

 On succombe à l'arnaque de la pifométrie couplée à la mystification du patient par de drôles de quincailleries complètement farfelues pour établir une ordonnance longue comme le bras capable d'«encercler la maladie» en espérant que l'un des médicaments prescrits puisse calmer passagèrement le mal. Sinon il reviendra encore une autre fois pour être tondu ! Au lieu d'écrémer les meilleurs élèves pour les orienter vers ces métiers sensibles, on saisissait l'opportunité qu'offraient les fameux Instituts de technologie de l'éducation (ITE) pour y caser les rebuts des classes d'examens du moyen et du secondaire et en faire, après un simulacre de remise à niveau bâclée, des éducateurs qui auront l'immense charge de façonner les générations futures.

 Les produits de cette formule ne tardèrent pas à faire de l'ombre aux lauréats des grandes écoles (ENS, universités, etc.) et déteindre sur tout le corps de l'Education nationale qui, depuis cette époque, ne cesse de se déprécier. Un de nos décideurs l'a clairement déclarée sinistrée.

 L'indigence d'une formation académique doublée d'une piètre qualification professionnelle greffée sur une absence manifeste de vocation crée un individu aux antipodes du profil de celui qui peut prétendre à l'exercice de ce noble sacerdoce.

 Généralement, ces pseudo-enseignants, pour dissimuler leurs insurmontables handicaps, essaient de les compenser par un prosélytisme religieux encore plus pernicieux en s'abritant derrière une fausse et subite dévotion de prédicateurs. Malgré tous les moyens modernes mis à la disposition des élèves, l'ambiance studieuse de nos écoles est progressivement supplantée par une atmosphère empruntée à un autre âge et chargée d'irrationnel à la limite de la dervicherie. Au lieu de développer les réflexes de recherche et inciter la curiosité de la découverte et de la critique objective, on conditionne l'enfant à devenir un réceptacle passif apte à avaler sans broncher n'importe quelle couleuvre !

 Il y a quelques années, une prétendue séquence des supplices du purgatoire (3adhab elghabr) a été filmée et gravée sur CD. Des milliers d'exemplaires ont été distribués même à l'intérieur des établissements scolaires à des enfants épouvantés par un spectacle d'outre-tombe et littéralement à genoux devant ce qu'on leur décrivait avec force détails comme un énième miracle ! On venait, avant le reste de l'humanité, de réaliser un scoop de l'au-delà !Le directeur d'une école qui fut prestigieuse, barbe hirsute et les yeux lourdement soulignés au k'hol, vendait devant le portail de son établissement quelques articles de bazar hétéroclites exposés à même le sol sur un morceau de plastique.

 Entre la vente d'un bâtonnet de souak sahélien et celui d'un cadenas taïwanais, il profite pour se réapproprier sa fonction et jeter un furtif coup d'oeil à son domaine ! Le plus hilarant dans l'histoire, c'est que son inspecteur primaire, dont les bureaux se trouvaient dans le même établissement, trouvait ce dédoublement de la personnalité... normal ! Il fallait bien qu'il vive «el mesquine», aurait-il répondu à quelqu'un qui lui a demandé candidement ce qu'il attendait pour mettre un terme à cette honteuse dépravation de la corporation! Que peut-on attendre d'un enseignant pour lequel les heures de présence dans l'établissement servent seulement à justifier un salaire et... une prime de rendement curieusement bloquée à cent pour cent. Il n'éprouve aucun scrupule à se transformer, selon les besoins du marché, en marchand de zlabia ou en taxieur clandestin à la recherche du chaland. Il n'a cure du regard méprisant de ses propres élèves, qui, pour l'humilier d'avantage, s'acharnent à s'offrir ses services contre quelques misérables dinars, avec quelques perfides quolibets en prime ! Comment, avec une pareille dégaine, dont le préjudice est incommensurable sur l'ensemble de la profession, peut-il se faire respecter et avoir le minimum d'ascendant et d'autorité pour être pris au sérieux par ses élèves ? Ne devrait-il pas être un monument sacré, un modèle qui doit surveiller jusqu'à son langage et sa tenue vestimentaire au lieu de se dévaluer délibérément ?

 Emprunter une cigarette ou la pincée de chema à ses élèves, quand ce n'est pas autre chose de plus condamnable s'apparente à un acte de convivialité ordinaire. Quant aux cas de relations douteuses rapportées de temps à autre par la presse, cet épiphénomène n'est paraît-il que la partie visible de l'iceberg de l'univers glauque où s'entrechoquent les magouilles et autres coupables arrangements pour les notes d'examen et autres spécialités de la fraude.

 Réussir ses études ne dépend plus exclusivement des aptitudes individuelles, encore moins des efforts déployés, d'autres moyens plus percutants peuvent suppléer au manque de volonté de bûcher.

 Le plus inquiétant reste cependant le manque de motivation et de respect pour un travail fait honnêtement et l'absence de toute velléité d'améliorer ses propres capacités en dehors de celle de ramasser plus d'argent avec le moins d'effort possible. Vous n'entendrez que rarement un groupe de médecins ou d'enseignants débattre des sujets en rapport avec leur métier encore moins parler des nouvelles découvertes scientifiques pour actualiser leurs connaissances. Les soupçonner de faire eux-mêmes de la recherche pour rehausser le niveau relève du délire.

 L'essentiel de la discussion tourne fréquemment autour de la faïence que tel confrère a importée pour sa salle de bains ou le nombre d'options de la voiture que s'est offerte tel collègue. Pour le reste des problèmes : le système aurait dû... ou n'aurait pas dû. C'est selon ! Leur rôle à eux c'est de faire l'impasse sur leurs propres manquements quotidiens au devoir pour lequel ils sont pourtant rétribués. D'ailleurs ils accablent cette entité virtuelle incapable de se défendre avec une insolence à vous couper le souffle et l'accusent même d'en être les innocentes victimes.

Nos décideurs ont cru avoir découvert la panacée universelle en augmentant les salaires et autres avantages, la réalité nous enseigne malheureusement que ce n'est qu'une fuite en avant de plus dont l'incidence sur la qualité ou le volume de travail n'a jamais été évaluée et que l'aspect matériel, aussi nécessaire soit-il, n'est que l'arbre qui cache la forêt.

 Il suffirait peut-être que chacun fasse simplement son travail !

 

 

Source : http://www.lequotidien-oran.com

 

Tags : enseignement
Category : ENSEIGNEMENT ET SANTE | Write a comment | Print

Comments

| Contact author |