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 100 000 Algériens affectés par la maladie d’Alzheimer

3/4/2009

Alger

100 000 Algériens affectés par la maladie d’Alzheimer

 

Par le passé, lorsqu’une personne était âgée et présentait des signes de dégénérescence mentale et de troubles du comportement, on disait d’elle qu’elle est devenue sénile, (Khorfet). L’on est enfin parvenu à cerner les manifestations cliniques de l’Alzheimer, une pathologie psychologiquement et physiquement invalidante.     

Quelque 100 000 Algériens seraient actuellement affectés par cette pathologie. On estime d’autre part, à environ 24 millions le nombre des personnes qui, à travers le monde, souffriraient de la maladie d’Alzheimer. Pour ce qui a trait à l’Algérie, les médecins sont tous d’accord pour considérer que cette pathologie va aller crescendo en raison de l’augmentation de l’espérance de vie des nationaux qui se situerait aujourd’hui entre 70 et 72 ans alors qu’elle n’était que de 52 ans en moyenne après l’indépendance. Le Professeur Arezki Mohamed, président de l’Association algérienne de neurologie, indique que chaque année, il est diagnostiqué près de 60 000 cas d’accidents cérébraux vasculaires dans le pays. Lors d’une rencontre médicale internationale organisée sur le sujet, au début du mois de mars à Tizi Ouzou, beaucoup de pathologistes ont relevé le manque crucial d’établissements spécialisés destinés à prendre en charge les malades victimes de ces affections.   

L’Alzheimer, qui frappe davantage les femmes que les hommes, est une affection  invalidante qui a tendance à se manifester chez les personnes dont l’âge se situe généralement entre 65 et 85 ans. Elle peut cependant se manifester, quoique de manière exceptionnelle, chez des sujets jeunes, (moins de 1% de la population des patients en raison de mutations anormales de gènes).

Durant un entretien avec un représentant du Jour d’Algérie, le Professeur Farid Kacha, chef de service de la clinique de réadaptation psychosociale de Chéraga, dans la wilaya d’Alger, a développé quelques-uns des aspects liés à cette maladie dont il signale qu’elle a été diagnostiquée pour la première fois par le médecin allemand, Alois Alzheimer, qui en a ensuite révélé les symptômes, en 1906, au cours d’une rencontre de médecins aliénistes.

Durant quatre années et demie, le docteur Alzheimer a suivi une malade présentant des signes de dégénérescence et chez laquelle il a eu à observer des troubles progressifs de la mémoire, de l’orientation spatiale et temporelle, des idées délirantes suivies d’hallucinations ainsi que des troubles aphasiques lors desquels le patient éprouve des difficultés à s’exprimer et à comprendre le langage oral ou écrit. 

Quand le malade ne se reconnaît plus 

Quand on lui demande quels sont les signes cliniques qui permettent de savoir qu’une personne est affectée par le syndrome d’Alzheimer, le Professeur Kacha répond que cette maladie se traduit par des troubles progressifs, s’aggravant de manière irrémédiable et touchant d’une part, la sphère cognitive et d’autre part, le comportement. «Il y a, explique-t-il, une altération de la mémoire, c’est-à-dire des capacités à apprendre des informations nouvelles ou à se rappeler d’autres. On observe aussi une perturbation du langage, des difficultés à réaliser une activité motrice en dépit de fonctions motrices intactes. Le malade se trouve également dans l’impossibilité de reconnaître ou d’identifier des objets, malgré des fonctions sensorielles intactes, à faire des projets organisés et ordonnés dans le temps ainsi que d’avoir une pensée abstraite jusqu’au moment où s’installe un sentiment de vide complet de la pensée. Il voit son image dans une glace mais est incapable de se reconnaître. Les membres de sa famille, même ceux parmi les plus proches, lui sont totalement inconnus. La ma-ladie d’Alzheimer, précise encore le praticien, a la particularité de faire deux victimes à la fois. Il y a d’une part, la personne qui en est affectée et d’autre part, sa famille avec laquelle toute relation sociale est désormais interrompue». Décrivant les différentes phases d’évolution de la maladie, le Professeur Kacha explique que la première d’entre elles est la période pré-clinique durant laquelle les lésions apparaissent progressivement mais sans traduction clinique.

«Lorsque, poursuit-il, les lésions plus importantes se manifestent, on parle alors à ce stade de maladie d’Alzheimer pré-démentielle».

«C’est une maladie à évolution lente et progressive, variable d’un patient à un autre, à l’issue de laquelle le décès de celui-ci survient en moyenne entre 4 et 10 ans après le diagnostic de démence lié, soit aux pathologies récurrentes, soit des suites de complications chez les malades grabataires».

Seul un médicament est disponible en Algérie 

Quand on demande s’il est possible de soigner cette affection, le médecin répond que les traitements médicamenteux spécifiques de la maladie d’Alzheimer sont d’ordre symptomatique. «Les molécules utilisées visent à modifier le processus pathologique mais à plus long terme l’objectif est de mettre au point des médicaments permettant de bloquer le processus pathologique dès son début. Plus le diagnostic sera posé tôt, meilleure sera la prise en charge du patient et de sa famille.»

Un seul traitement est en usage en Algérie pour traiter cette maladie. Il s’agit du Donepezil, (Aricept), commercialisé à partir de 2007. La Rivastigmine, (Exelon), et la Galenthamine, (Reminyl), mieux tolérés et possédant des propriétés pharmacologiques légèrement différentes ne sont pas disponibles sur le marché, «ce qui empêche de  remplacer les effets indésirables d’un produit observés chez un malade par un autre». Le professeur tient à attirer l’attention sur le fait que si un traitement au Donozepil est interrompu durant six semaines, il est provoqué un déclin cognitif tel que le patient re-trouve l’état qu’il aurait eu sans avoir jamais été traité. «Bien plus, avertit-il, il ne retrouvera plus, après la reprise du traitement, l’état cognitif antérieur qui était le sien après l’interruption de son traitement».

Il existe en outre une seconde possibilité de prise en charge des malades par un ensemble de moyens psychologiques mis en œuvre dans un but thérapeutique pour tenter d’alléger la souffrance psychique du malade et de son entourage. Le Professeur Kacha développe à ce sujet deux idées essentielles : «La première est que la pensée du patient est entraînée vers une logique de perte et de régression, mais celle-ci n’est pas négative et peut devenir source de satisfaction dans le registre primaire où le plaisir du sens remplace celui de la pensée. Elle peut devenir un levier de soin si elle est autorisée et accompagnée. La seconde idée consiste à ne pas priver le patient de soutien psychologique et le considérer comme objet d’atteinte organique cognitive exclusivement, les facteurs affectifs étant longtemps accessibles à la relation». La maladie d’Alzheimer peut-elle être évitée ? «Il y a des gens qui estiment que cela est possible en faisant travailler son cerveau, c’est-à-dire lire, mobiliser ses cellules cérébrales en s’adonnant à diverses activités mais cela n’est pas prouvé».

Le calvaire permanent des familles de malades

A la question de savoir à quel moment lorsqu’on soupçonne que soi-même ou un membre de sa famille commence à présenter des signes avant-coureurs de la maladie d’Alzheimer, le Professeur explique que pour évacuer toute crainte, il faut prendre la précaution de consulter un médecin généraliste ou bien se rendre dans un centre spécialisé, lesquels, par le biais d’un test de mémoire, pourront déterminer si oui ou non, il y a lieu de s’inquiéter.

Il est difficile de pouvoir s’imaginer la détresse, le calvaire de familles, (quand le malade a la possibilité d’être entouré par les siens), ayant en leur sein un membre atteint de cette maladie qui, en plus d’être sujet à divers troubles de dégénérescence comme ceux de déféquer et d’uriner sur lui-même, de refuser parfois de s’alimenter, de devenir violent par moment. Des associations constituées de parents de malades se sont constituées pour se faire entendre des pouvoirs publics. Elles ont demandé que soient créés des établissements spécialisés destinés à recevoir, ne serait-ce que pour un moment, les patients. Leurs appels sont à ce jour restés vains. Le Professeur Kacha souligne que de pareilles institutions dont la construction pourrait être réalisée avec le concours d’entreprises publiques et parapubliques de même que les grandes institutions, pourront contribuer à soulager des familles «à bout de souffle», durant un moment et permettre en même temps l’information et la formation d’équipes pluridisciplinaires spécialisées dans la prise en charge de ces patients.

«C’est la seule occasion qui pourrait être offerte à ces derniers de pouvoir disposer, même pour une courte période, de lieux ensoleillés et d’être accompagnés dans leur voyage au bout de la vie».   

Par Ahmed Mahieddine

 

Source : http://www.lejourdalgerie.com

 

 

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